Sabliers Givrés 7
C’était le soir béni où l’air était tiède et sentait la montée de sève. Le soir attendu où la fenêtre était enfin ouverte et où je brûlais d’envie d’être en manches courtes.
Je respirais à plein poumons, souriait aux nuages et mes yeux se remplissaient de larmes de bonheur : je savourais un précieux moment d’une rare intensité.
Un bus qui roule au colza passe en bas de chez moi, s’arrête au feu rouge, et redémarre : odeur pestilentielle. Les quinze voitures à sa suite font vrombir leur moteur en attendant que le mastodonte prenne son élan. Les effluves de Grand-Quevilly arrivent jusqu’à mes narines : ça y est, le vent a pris une mauvaise direction et me renvoie les gaz des industries pétrochimiques des environs. TÜTÜTÜTÜTÜT le camion-benne ! Un passant qui savoure lui aussi ce moment a sorti son cigare. SHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH. La machine qui nettoie les trottoirs. Remontées d’odeurs dans ma salle de bain : ah oui, quand le vent prend cette direction, ça ne loupe jamais.
La clé dans la serrure, ma colocataire qui rentre et qui s’annonce à la cantonade (après avoir claqué la porte) :
- Salut Meïli ! Regarde, je me suis acheté un nouveau parfum !
D'après une amorce de Lyjazz